juin 17

Par Robert C.W. Howard, Président de l’Institut Canadien des Actuaires, Revue Au delà du risque, Printemps 2010

POUR CEUX D’ENTRE nous qui travaillent dans le domaine du risque, le Global Risk Network Report du Forum économique mondial (FEM) est une lecture indispensable. La cinquième édition souligne certains problèmes fondamentaux qui devraient survenir sur la scène mondiale du risque et, selon les mots du fondateur et président exécutif du FEM, Klaus Schwab, elle « a mis l’accent sur la nécessité d’une approche multipartite pour les traiter ». Ceci va dans la même direction qu’une des conclusions principales du rapport de cette année, à savoir que « nous vivons dans un monde qui connaît des niveaux sans précédent d’interconnexion entre tous les domaines du risque ». Ceci indique que le niveau de risque systémique – défi ni comme étant un « préjudice ou sinistre potentiel concernant l’intégralité d’un système, par opposition à un préjudice concernant un seul élément de ce système » – est plus élevé que ce que les experts ont vu auparavant, et il sera indispensable d’utiliser une méthode de gestion du risque plus intégrée.

Le deuxième thème important du rapport indique qu’il se peut que les plus grands risques auxquels le monde fait face aujourd’hui proviennent de défaillances à long terme, ou « risques rampants ».
Cela s’explique principalement par le fait qu’une longue période doit s’écouler pour que ces risques et ces défaillances émergent, suggérant que ces derniers peuvent être mal évalués. L’augmentation de la population en est un exemple. Il semblerait que peu de pays aient anticipé les besoins croissants en nourriture, de même que l’eau et les ressources énergétiques nécessaires à sa production et à son acheminement vers les installations où elle sera stockée, puis distribuée aux habitants qui ont faim.

Troisième thème important de ce rapport annuel : les lacunes dans le domaine de la gouvernance mondiale. Dans un environnement mondial fondé sur le court terme, où les défi s économiques ne manquent pas, les gouvernements, les entreprises et les individus ont-ils les moyens de prendre les décisions difficiles qui permettront d’atténuer les problèmes à long terme auxquels chacun de ces groupes fait face?
J’aimerais dire quelques mots au sujet des deux derniers thèmes.

En tant qu’experts du risque, les actuaires sont bien placés pour aider à découvrir, évaluer et comprendre les événements à long terme. Cela relève pleinement de leurs compétences professionnelles. Un parfait exemple en est une citation de l’actuaire en chef du Régime de pensions du Canada (RPC), Je an-Claude Ménard, dans le 24e rapport actuariel du Régime : « Le présent rapport confirme que, si le RPC est modifié de la manière prévue à la partie 2 du projet de loi C-51, le taux de cotisation de 9,90 pour cent prévu par la loi à compter de 2010 suffira à maintenir la viabilité financière du RPC au cours des 75 prochaines années. » Outre le fait que ces mots devraient rassurer ceux qui mettent en doute le Régime de pensions du Canada, c’est précisément l’application de nos connaissances professionnelles aux problèmes à long terme qui donne les armes nécessaires à la lutte contre les risques rampants.

Cependant, dans un environnement qui se concentre avant tout sur les problèmes à court terme et les moyens de les traiter, on sous-estime parfois la valeur d’une réflexion concernant le long terme. Cela revient à porter des lunettes de lecture pour conduire sa voiture. On voit clairement le volant et l’indicateur de vitesse, mais tout ce qui se trouve au-delà du pare-brise est fl ou. Nombreux sont les groupes qui ont indiqué aux gouvernements que le système de régimes de retraite est mal en point et qu’il nécessite une remise en état. Il a fallu un effondrement de l’économie mondiale pour que l’on envisage de prendre des mesures. Toutefois, les actuaires canadiens encouragent les gouvernements à ne pas négliger certains problèmes majeurs à long terme auxquels les Canadiens et les Canadiennes devront faire face dans 20, 30 ou 40 ans. Il faut investir du temps et des ressources dans une réflexion sur les prestations de soins de santé aux Canadiens et Canadiennes en 2030, se demander où nos aîné(e)s seront logé(e)s en 2040 et s’interroger sur la manière dont nous joindrons les deux bouts lorsque nous aurons épuisé notre épargne-retraite.

Des professionnels du long terme existent. La crise démographique à venir se précise. Des solutions peuvent être trouvées, si notre vision s’étend au-delà d’une échéance rapprochée.

Par : L'équipe "Actuariat Durable"


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